József Váradi (Président fondateur de Wizz Air)
Par Bruno Trévidic
Wizz Air se définit comme une compagnie « ultra-low cost ». En quoi êtes-vous différent ?
Notre priorité est d'atteindre un coût au siège inférieur à ceux de nos concurrents, afin de permettre au plus grand nombre de prendre l'avion. En Europe de l'Ouest, 40 % de la population prend régulièrement l'avion, mais en Europe centrale, 86 % de la population n'a jamais pris l'avion. Notre vocation est de relier l'Europe centrale au reste du continent européen. Mais pour cela, nous devons pratiquer les tarifs les plus bas possible. Aujourd'hui, notre coût au siège est similaire, voire légèrement inférieur à celui de Ryanair et inférieur d'environ 50 % à ceux d'easyJet ou de Transavia.
Pour quels résultats, treize ans après la naissance de Wizz ?
Nous sommes la première compagnie low cost en Europe centrale, avec une part de marché de 40 % et près de 23 millions de passagers. Nous avons la plus forte croissance d'Europe avec un trafic en hausse de 20 % l'an dernier, Et, depuis deux ans, nous sommes cotés à la Bourse de Londres. Notre valorisation boursière a atteint 3 milliards d'euros. C'est plus que celle d'Air France-KLM.
En France, Wizz Air est au septième rang des low cost. Cela vous satisfait-il ?
Effectivement, nous ne faisons pas aussi bien en France que dans d'autres pays d'Europe de l'Ouest, même si nous avons doublé notre trafic dans l'Hexagone depuis 2012, avec plus de 800.000 passagers en 2016. Les Français sont moins nombreux à voyager en Europe centrale que les Britanniques ou les Allemands. Par ailleurs, même si nous desservons aujourd'hui 14 destinations au départ de Beauvais, Paris reste un challenge pour nous, Roissy et Orly étant hors de prix. En revanche, nous nous développons avec succès, depuis quatre ans, au départ des régions françaises, à Nice, Mulhouse, Lyon et bientôt Bordeaux. C'est ce qui nous a permis de doubler notre trafic en France. A l'avenir, nous allons continuer à nous renforcer dans les régions françaises, avec de nouvelles lignes et de nouvelles destinations.
Wizz Air a souvent fait l'objet de rumeurs de rachat, par Lufthansa, Ryanair, easyJet et même Air France-KLM. Ces rumeurs sont-elles fondées ?
En ce qui concerne Air France, ce serait plutôt Wizz Air qui pourrait le racheter, mais nous ne sommes pas aussi stupides… Plus sérieusement, par le passé, nous avons eu toutes sortes des discussions avec bien des compagnies. Mais aujourd'hui, il n'est pas réaliste d'imaginer que nous pourrions être rachetés. Nous sommes une entreprise cotée et bien valorisée. Si quelqu'un avait voulu nous racheter, il aurait dû le faire bien plus tôt. Nous n'aurions pas, non plus, intérêt à racheter une autre compagnie. Notre modèle économique repose sur sa simplicité. Or, tout regroupement avec une autre compagnie serait source de complexité.
La consolidation du transport aérien ne vous concerne pas ?
La seule forme de consolidation qui nous convienne, c'est ce qui s'est passé ici, en Hongrie, avec la faillite de Malév, en 2012. Malév a annoncé l'arrêt de ses opérations à 18 heures et à minuit, les autres compagnies avaient déjà remis sur le marché davantage d'offre que celle de Malév. A cette époque, l'aéroport de Budapest comptait 8 millions de passagers, aujourd'hui il a dépassé les 20 millions et c'est l'un des aéroports en plus forte croissance. Au final, la disparition d'une compagnie inefficace a eu beaucoup d'effets positifs pour le pays. Beaucoup de petites compagnies traditionnelles, notamment en Europe centrale, sont tout aussi inefficaces et devraient disparaître dans les prochaines années.
Interview complète sur lesechos.fr/industrie-services
B. T.
Tous droits réservés – Les Echos 2022

source

Categorized in: