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Photo Danny Palmerlee, fournie par Alto
Patrick deWitt offre à ses lecteurs de l’espace pour donner libre cours à leur imagination. «La lecture devient ainsi une expérience plus collaborative», dit-il.
Imaginez un parent du Candide de Voltaire qui se baladerait dans le monde des frères Grimm avec, en guise de décor, le Grand Budapest Hotel de Wes Anderson. Vous auriez là une idée du ton, du style du Sous-majordome, le nouveau roman de Patrick deWitt, auteur des Frères Sisters, tant vanté à sa sortie.
La Presse l’a joint chez lui, à Portland, en Oregon, tandis qu’il se dépatouillait avec une situation qui ne détonnerait pas dans un de ses livres. «Je suis désolé de n’avoir pas répondu plus tôt, mon père vient de tomber d’une échelle. J’ai dû le conduire à l’hôpital», laisse-t-il tomber.
Heu… Vous ne voulez pas qu’on remette l’entrevue à plus tard? «Non, non! Il s’est cassé deux côtes, tout ce qu’on peut faire, c’est lui donner des médicaments contre la douleur… et c’est fait. Que voulez-vous, il travaille en construction, il est très en forme, il se pense indestructible et il oublie qu’il a 70 ans.»
Bref, le père ne serait pas déplacé dans un des romans de son fils. À moins que le fils en question ne se prenne pour le personnage principal de son nouveau roman, Le sous-majordome (dont les droits cinématographiques ont été achetés par John C. Reilly et qu’adapterait Jacques Audiard), et qu’il ne s’amuse à mentir, comme ça, pour rien, juste pour le plaisir. Éclat de rire au bout du fil.
«Non, pas du tout», assure le romancier canadien né à Vancouver, qui a passé sa vie à monter et descendre la côte ouest du continent. Avec une parenthèse européenne qui est à l’origine de ce troisième livre. «J’ai fait une résidence de quatre mois à Paris avec ma famille. De jour, je travaillais sur un roman contemporain et, le soir, je lisais des contes à mon fils», raconte-t-il.
«Je me suis mis à envier les auteurs de contes et de fables parce que ça me semblait tellement plus le fun à écrire que ce sur quoi j’étais en train de travailler!»
En plus, il était installé aux Récollets, ancien couvent construit au début du XVIIe siècle, devenu hôpital militaire pendant les deux guerres mondiales. «L’endroit était probablement hanté», s’amuse-t-il. Par des fantômes, peut-être. Par des histoires, certainement. «Je ne pense pas que j’aurais eu l’idée du Sous-majordome si je n’avais pas vécu là.» C’est donc là qu’il a abandonné le projet en cours pour emprunter une voie où il pourrait s’éclater.
Le sous-majordome du titre, c’est Lucy, un garçon – comme son prénom ne l’indique pas. En fait, Lucy est le diminutif de Lucien, et ça amusait le romancier de lui donner un surnom féminin. Le lecteur, lui, notera que personne, dans le récit, ne s’en étonne. Parce que ces bizarreries sont «normales» sous la plume de Patrick deWitt – qui, par ailleurs, quand il manque d’inspiration pour un nom de personnage, va se promener dans les cimetières et prend des notes.
Lucy, donc. Il a 17 ans, il vit «dans un endroit imaginaire et un temps indéterminé. S’il fallait que je sois précis, je dirais que c’est quelque part en Europe centrale, dans les années 1820, 1830. Mais je n’ai pas voulu être précis parce que j’aime l’idée de ne pas avoir à coller à l’histoire. Je n’ai pas de plaisir à inclure ou à exclure des choses parce que les faits l’exigent, j’ai beaucoup plus de plaisir à imaginer et à inventer».
Patrick deWitt est maître ès liberté. Et cette liberté, il la donne aux lecteurs qui, entre ses lignes à lui, ont de l’espace pour donner libre cours à leur imagination. «La lecture devient ainsi une expérience plus collaborative.»
Alors, ce Lucy? Il est engagé comme sous-majordome au château du baron d’Aux, campé au-dessus d’un village grouillant de voleurs, d’aristocrates dépravés, de fous, de soldats. Oh, et où brille Klara! Klara qui n’est pas une princesse. Ça tombe bien, Lucy n’est ni prince ni charmant. Mais…
«Je voulais raconter une histoire d’amour un peu comme celles que l’on trouve dans les contes traditionnels, mais Lucy et Klara étant ce qu’ils sont, j’ai tordu la fable gothique un peu comme j’avais tordu le western dans Les frères Sisters.»
Avec lui, son ton et son humour comme autant de points d’ancrage, les deux romans sont indéniablement parents. Pour le côté étrange des personnages. Et pour la langue, cette langue que l’on qualifiera de «dewittienne», qui éclôt en particulier dans les dialogues. Il y a une élégance et comme une patine du temps dans sa prose.
«À mes débuts, je n’aurais jamais pensé écrire des romans qui se déroulent dans le passé, mais j’ai tellement aimé écrire Les frères Sisters! Sérieux, j’ai tellement aimé ça que ça frôlait la panique [rires]!» Et pour conjuguer ce passé (composé), rien de mieux pour lui que les dialogues. « C’est l’aspect de l’écriture que je préfère. Deux personnes qui communiquent et, ainsi, font avancer l’histoire à ma place. Peu importe ce que j’ai à dire au lecteur, j’ai habituellement quelqu’un pour le dire pour moi.»
Oh, pas par paresse! Plutôt parce qu’il en a la très grande habileté.

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Le sous-majordome. Patrick deWitt (traduit par Sophie Voillot). Alto, 408 pages.
Image fournie par Alto
Le sous-majordome, de Patrick deWitt
Du mensonge

«Mon fils a découvert l’art de mentir pendant que j’écrivais ce roman. Il mentait à tout propos, pour des raisons complètement idiotes et en sachant qu’il serait découvert, juste pour le plaisir. Il y a quelque chose de magique quand on découvre le pouvoir du mensonge. Lucy n’en est, lui, jamais revenu. Donc, il ment.»
De l’étrangeté

Ses livres, on l’a dit, sont peuplés de personnages étranges. Sa vie? «Aussi. Je suis attiré par les gens différents qui voient le monde d’une façon qui n’est pas celle des autres.» Lui, est-il comme ça aussi? Rires. «Je suppose que oui.»
De la pression

A-t-il senti la pression du succès des Frères Sisters quand il a écrit Le sous-majordome? «Pas au départ, mais comme tout le monde me posait la question, ça a commencé à me travailler. Heureusement, ça n’a pas duré longtemps. Enfin, c’est ce que je me dis. Il demeure qu’il m’a fallu un an pour écrire mon premier roman; deux pour le deuxième et trois pour le troisième. Ça veut peut-être dire quelque chose.»
Des débuts

Patrick deWitt n’a pas terminé ses études secondaires, mais une chose était claire pour lui: il voulait écrire. Et il a écrit Ablutions, qui se déroule dans un bar, alors qu’il travaillait… dans un bar, à Hollywood, fréquenté entre autres par un scénariste. «Je lui ai offert des verres pendant toute la nuit, puis je l’ai supplié de lire mon manuscrit.» Qui est passé de main en main et a été publié. «J’ai exploité la gentillesse de quelqu’un. Et ça a marché.» Ça ferait une bonne épitaphe «dewittienne».
Photo fournie par Alto
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