« Aie, le bateau va de travers ». Faux départ pour la démonstration de halage, à Pont-Coblant, pour cette deuxième journée de la Route de l’ardoise. Des touristes, mais aussi des bons connaisseurs du halage, regardent « Qui », cheval de trait breton, tirer les douze tonnes de l’emblématique péniche « Rosily ». À cela il faut ajouter les cinq tonnes de son chargement, la statue de saint Dewi. Problème : la péniche part sur le côté, il faut redémarrer. Le diagnostic des connaisseurs, bras derrière le dos, tombe : « Il n’y a pas assez de fond, il manque au moins 50 centimètres ».
Le deuxième démarrage sera le bon. Les sonneurs accompagnent les efforts de l’animal sur plusieurs centaines de mètres. La démonstration veut prouver qu’une activité est possible sur le Canal de Nantes-à-Brest.
« Un canal, c’est fait pour accueillir des bateaux », rappelle sur le ton de l’évidence, et non sans malice, Julien Colder, coprésident de l’association de la Route de l’ardoise. « À une époque pas si lointaine, les plaisanciers naviguaient encore. Même eux ont disparu », regrette celui qui ne désespère pas les revoir venir.
La Route ravive des souvenirs chez les plus anciens. Jean, 79 ans, a connu cette époque des plaisanciers. Penché au bord de la rive, il se renseigne sur le moteur de l’un des trente navires de la Route. « Je pensais que sa machine à vapeur tournait au charbon, mais c’est du bois ! », s’exclame cet habitant du Faou. Avant de se souvenir : « Mon enfance a été bercée par le canal ». Il regrette, comme beaucoup de curieux présents, le manque d’activité. « C’est dommage de ne pas utiliser un tel joyau ».
L’autre curiosité de l’après-midi reste la statue de saint Dewi. Devant la 119e statue de granit qui va rejoindre la Vallée des Saints, à Carnoët, couchée sur la péniche, des sortes de pèlerins modernes se succèdent. Pas de prière, cependant, mais à la place des rafales de photos. La participation de la Traversée des Géants est l’un des événements de cette édition de la Route de l’ardoise. L’un et l’autre procèdent de la même logique, selon Sébastien Minguy, cofondateur de la Vallée des Saints. « Nous voulons valoriser chacun un aspect historique et économique de notre territoire, pour dynamiser l’économie locale, argumente-t-il. C’est dans le sens de l’histoire, et c’est ce que demande la jeune génération ».
La jeune génération, justement, est diversement conquise. Si la petite Anaïg ne comprend pourquoi le Saint « porte une jupe », Lucas, 7 ans, est ravi de découvrir saint
Dewi. « Après, il sera installé à la vallée des singes… », avance-t-il, peu sûr de lui, en cherchant ses parents du regard. Presque. « La Vallée des Saints », corrigent-ils en chœur. La jeune génération pourra encore approfondir sa connaissance en saints et halage, ce dimanche et lundi, à Châteauneuf-du-Faou, la prochaine étape de la Route de l’ardoise.

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