Devant les urgences du Nouvel hôpital civil de Strasbourg (NHC), une centaine de salariés manifestent. Médecins, aides-soignants, infirmiers et syndicalistes se relaient jusque dans l’après-midi. Ici, comme dans la plupart des établissements publics de santé de France, les urgences sont saturées. C’est l’objet de la manifestation de ce mardi 20 mars.
Ce rassemblement a pour objet les conditions de travail dans les services d’urgences : baisse des effectifs et du nombre de lits. Parallèlement à cela, de plus en plus de personnes vont aux urgences car les médecins libéraux sont de moins en moins nombreux et se rendent moins souvent à domicile. Des patients qui pourraient être traités chez eux se voient dans l’obligation d’aller aux urgences.

Devant l’entrée des urgences, Jean-Baptiste Dewier, infirmier, explique que des personnes peuvent parfois rester plus de 50h sur des brancards, en attendant des lits. Les premiers soins mettent aussi trop de temps à arriver :
« À Reims ou à Rennes, des attentes trop longues ont débouchées sur la mort de patients. À Strasbourg cela aurait déjà pu arriver. Certains patients sont traités avec très peu de dignité, ils attendent dans les couloirs avec des collations rudimentaires… »
Plusieurs médecins présents sur place s’accordent à dire qu’aux urgences, le travail est souvent bâclé par manque de temps. L’une d’entre eux témoigne :
« Avec le vieillissement de la population, on a de plus en plus de cas polypathologiques (plusieurs pathologies en même temps), et ceux-ci ne sont pas bien traités, parfois avec beaucoup de retard et peu d’attention comme nous sommes saturés. L’état de certaines personnes se dégrade entre l’arrivée aux urgences et une vraie prise en charge. Nous avons besoin de plus de moyens humains et matériels. On en arrive à des situations où des personnes qui présentent des urgences vitales ne sont pas traitées avant plusieurs heures. C’est inadmissible, on parle de la santé ! »
Jean-Claude Matry, président du syndicat de la CFTC des Hôpitaux Universitaires de Strasbourg regrette qu’il arrive parfois que jusqu’à « huit camions de pompiers » attendent devant les urgences avant que leur patient soit pris en charge. Tout ce contexte amène selon lui, à détruire l’image des professionnels de santé :
« Des personnes qui rêvaient de sauver des vies se voient dans une situation où ils ne croient plus du tout en ça. »

Les syndicats de Forces Ouvrières et de la CFTC devant le service d’urgences.
Christian Prud’homme, secrétaire régional de Force Ouvrière pour le secteur de la santé expose trois revendications principales pour améliorer cette situation :
« Il faut des lits supplémentaires en médecine et en gériatrie pour pallier au manque actuel.
Nous avons aussi besoin d’un recrutement en personnel infirmier pour répartir le travail qui repose actuellement sur trop peu de personnes, qui sont fatiguées physiquement et émotionnellement.
Enfin, des médecins supplémentaires amélioreraient aussi la situation. Ils sont les seuls à avoir le droit de prendre des décisions en amont du travail de tout le personnel paramédical. Cela permettrait d’être plus réactifs dans des situations d’urgences qui réclament de la rapidité d’exécution. »
D’après Christophe Gautier, le directeur général des hôpitaux universitaires de Strasbourg, des mesures d’adaptation sont en cours de réalisation :
« Treize nouveaux postes ont été débloqués sur les 15 derniers jours. Des lits et des postes supplémentaires seront encore accordés dans de brefs délais. La direction de l’hôpital fait tout ce qui est en son pouvoir pour améliorer la situation. »
Christian Prud’Homme estime que la direction de l’hôpital fait “ce qu’elle peut avec ce qu’elle a”.
Paradoxalement, des lits de chirurgie sont mis en place plus facilement. Selon les manifestants, ils sont facturés plus chers que les lits de gériatrie par exemple. « Pour réduire leur déficit, les hôpitaux publiques privilégient ce type de démarches, qui ne vont pas dans le sens des vrais besoins sanitaires actuels », poursuit Christian Prud’Homme. Une médecin présente à côté s’exclame qu’un changement global est « absolument nécessaire ». Nationalement, l’objectif des syndicats est maintenant d’obtenir une réunion au ministère de la Santé pour demander plus de moyens pour les urgences et la gériatrie.
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